L'irrigation enterré sort de terre

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Relevant: Pomme, Vigne

Des goutteurs enterrés à 25 ou 30 cm de profondeur, au contact direct de la terre et donc potentiellement colmatables, susceptibles d’être colonisés par les radicelles, interdisant tout contrôle visuel et fonctionnel durant toute la durée d’exploitation du verger ?
Sans conteste, le goutte à goutte enterré peut faire fuir le producteur le plus téméraire. Si l’on ajoute le surinvestissement induit par l’enfouissement d’une double rampe de goutteurs par rangée d’arbres, la coupe est alors totalement pleine. Et pourtant cela fonctionne. «Nous avons un recul de sept ans sur notre verger expérimental et de cinq ans chez deux producteurs, expliques Dominique Malaterre, technicien à la coopérative Ille-Fruits (Pyrénées-Orientales). La technique est opérationnelle et les avantages sont multiples. La longévité reste la dernière inconnue.»
 

10 à 30 % d'économie d'eau

Une installation se compose de gaines enterrées entre 25 et 30 cm de profondeur. Des goutteurs débitant entre 1,3 et 2 l/h sont placés tous les 50 à 75 cm. Deux rampes distante de 50 à 100 cm des arbres sont, dans la plupart des situations, nécessaires pour couvrir les besoins en eau. Des automatismes de purge et de nettoyage sont intégrés dans l'installation. L'intégration d'un anti-siphon sur chaque goutteur offre des garanties supplémentaires. Alors, finies les réparations intempéstives dues aux ruptures, rongeurs, chasseurs, etc. Place aux économies d'eau. "En théorie, le pilotage de l'irrigation devrait couvrir 100 % de l'ETP (évapotanspiration potentielle), poursuit Dominique Malaterre. Dans la pratique, les producteurs sont plus près des 140 %. Le goutte à goutte enterré permet de descendre à 80 %, du fait de l'absence d'évaporation et de la moindre percolation.""Comparé au goutte à goutte de surface, l’enterré permet de réaliser une économie d’eau de 10 à 30 %  selon le type de sol, indique Loïc DEBIOLLES, Responsable des marchés agricoles chez Netafim. Le positionnement des éléments fertilisants au plus près des racines, soustraits au phénomène de lessivage et de percolation, engendre d’autres économies.»

L'effet "biberonnage" dû aux goutteurs délivrant une solution fertilisante à portée des racines permet d'accélérer la croissance du jeune verger, avant de flatter les résultats technico-économiques, tant quantitatifs que qualitatifs.

Surcoût de 20 à 30 %

Autre vertu environnementale : le goutte à goutte n'empêche pas le désherbage mécanique du rang. En face de ces avantages et bénéfices, plus ou loins chiffrables, il y a un surcoût à l'investissement, que Netafim jauge actuellement entre 20 et 30 %, comparativement à une installation aérienne. A noter que l'installation peut s'envisager sur des vergers en place. L'interrogation majeure réside dans la pérennité du système, qui se doit d'être au moins égale à celle du verger. Interrogation levée à l'étranger, pas encore en France, par manque de recul. La station expérimentale le Pugère à Mallemort (Bouches-du-Rhône), en collaboration avec l'Ardepi, développe son expertise sur le sujet. "Nous venons de mettre en place un essai sur prunier et un second va suivre sur pommier, indique Isabelle Boyer, conseillère irrigation à l'Ardepi (Bouches-du-Rhône). Parallèlement, nous réalisons un banc d'essai sur les goutteurs concernés en situation aérienne. Outre la longévité, l'extraction des gaines après arrachage du verger fait aussi l'objet de questionnements de la part des producteurs."

Une chose est sûre : ce n'est pas parce que le système est enterré qu'il faut l'oublier, bien au contraire.

Témoignage : "Je n'imagine pas faire marche arrière"

José Murcho est chef de cultures de l'EARL Mas Vell à Castelnou (Pyrénées-Orientales). En l'espace de cinq ans, l'exploitation a converti 18 ha de pêchers (sur 35 ha) au goutte à goutte enterré. Avec une satisfaction et une confiance totales et sans aucune appréhension quant à la tenue de l'installation dans le temps. "Il faut avoir du goutte à goutte enterré pour mesurer à quel point on passe du temps à surveiller et entretenir les installations conventionnelles, déclare-t-il. C'est un poste que je n'ai pas chiffré précisement mais qui mériterait de l'être. Bien entendu, le goutte à goutte enterré a ses propres exigences en ce qui concerne le contrôle et l'entretien des installations. Parmi les outils de pilotage, nous disposons de sondes capacitives. Les compteurs volumétriques apportent des gages au niveau quantitatif. L'observation des arbres et de leur environnement, réalisé machinalement au cours des différentes interventions, reste le premier des moyens de contrôle. C'est ainsi que j'ai pu déceler, pour la première fois en cinq ans, une zone d'humidité due à une fuite sur une ligne, indépendant du goutteur, une fuite que je n'explique pas et que j'ai réparée en changeant 30 cm de tuyau, indépendamment du goutteur. En ce qui concerne les procédures d'entretien, elles sont relativement limitées et en grande partie automatisées. E n fin de saison, je réalise un nettoyage des rampes en injectant de l'acide citrique dans le circuit d'eau, afin de dissoudre et d'évacuer les impuretés. Au début et à la fin de chaque cycle d'arrosage, il y a une procédure automatique consistant à réaliser une purge du circuit, avec une évacuation des particules en bout de ligne grâce à un second peigne. Côté agronomique, j'estime que le goutte à goutte enterré nous fait gagner une année de croissance. La localisation de l'engrais à même les racines est nécessairement bénéfique. Avec l'entrée en pleine production des premières parcelles cette année, nous allons évaluer plus précisément l'impact sur la consommation d'eau. Celle-ci sera forcément moindre. Pour l'instant, nous conservons l'usage des herbicides sous le rang, mais nous évoluerons très certainement vers un entretien mécanique, qui sera facilité par l'absence de tuyaux. Les mauvaises herbes poussent toujours malgré l'enterrement des goutteurs. En ce qui concerne la longévité de l'installation, je pense que ce qui a fonctionné pendant cinq ans est voué à fonctionner pendant douze ans ou plus, pour peu que les opérations de contrôle et d'entretien soient réalisées correctement. Le goutte à goutte enterré n'entrave en rien le remplacement d'un arbre malade".

 

 

Article rédigé par : Raphaël Lecocq

Parut dans l'Aroriculture Fruitière

N°657 - Mai / Juin 2011

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