La fertirrigation, une solution efficace et économe

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Relevant: Vigne

La fertirrigation apparaît comme une technique de fertilisation efficace et économe même si elle est parfois contraignante sur des parcellaires morcelés.

A Foncalieu dans le Languedoc, l'irrigation en goutte à goutte concerne plus de 1 100 hectares de vignes sur les 6 500 hectares que gère cette union de coopératives. Et 400 hectares sont couverts par la fertirrigation, cette technique qui consiste à incorporer les éléments fertilisants à l'eau d'irrigation. Gabriel Ruetsch, responsable vignobles chez Foncalieu, suit le vignoble depuis 2003. "Associer les éléments fertilisants à l'eau rend la fertilisation plus efficace car la valeur d'une fertilisation est en grande partie liée à l'humidité du sol", explique-il. En effet, ajoute Vincent Tixier, responsable technique au sein de la coopérative Les Celliers du Nouveau Monde à Puichéric, "par rapport à une fertilisation traditionnelle, la fertirrigation n'est pas dépendante des conditions climatiques après l'application". Cette méthode permet également d'adapter les apports aux besoins de la plante et de les fractionner si nécessaire : "ainsi du débourrement à la floraison, le vigne est dans une période de déstockage en éléments minéraux et après récolte, elle stocke pour l'année suivante. Ce qui signifie par exemple qu'il est judicieux d'apporter environ un tiers de l'azote après la récolte pour la mise en réserve", observe Gabriel Ruetsch.

 

Du "sur mesure

Le plan de fertirrigation se base en particulier sur l'objectif de production, le poids des bois de taille, sur la teneur en azote des moûts, sur l'observation de la vigueur de la vigne et le rendement. "Les analyses de sol sont plus réservées aux implantations et les analyses foliaires utilisées pour des corrections en saison. Le plan de fumure peut être très variable d'une parcelle à l'autre et d'une année à l'autre. Malgré tout, l'idéal est de fractionner l'apport en d'azote en deux ou trois fois : un apport après la récolte, un autre avant la floraison et un dernier après la nouaison. Le phosphore peut être apporté par fertirrigation sous forme d'acide phosphorique après la récolte ce qui permet également d'assurer l'entretien du système d'irrigation. Enfin, pour la potasse, les producteurs choissisent plutôt un apport au sol pour des raisons pratiques (un passage en moins, coût des engrais...) mais il n'y a pas de contre-indication en fertirrigation. Par ailleurs, cette technique de fertilisation permet de corriger des carences observées en cours de végétation comme par exemple la carence ferrique en mai ou la carence potassique en juillet, dans ces cas un apport par fertirrigation est efficace très rapidement".

 

Adaptation du système d'irrigation localisée

"Pour les viticulteurs qui disposent d'une installation d'irrigation localisée, la fertirrigation implique uniquement l'installation d'un kit de fertirrigation composé d'un tank fertiliseur, ou d'une pompe doseuse et d'un système de filtration de sécurité. Quelle que soit la surface du bloc d'irrigation, le kit de fertilisation est branché sur le réseau d'eau, soit en dérivation, soit en direct. L'installation peut être très simple, cas du tank fertiliseur, ou plus complexe avec gestion automatisée et centralisation de l'injection de l'engrais comme chez Gérard Peyrot dans l'Aude (voir témoignages). Mais ce cas est encore exceptionnel en viticulture", explique Loïc Debiolles, responsable marché vigne chez Netafim, "la plupart du temps en raison d'un parcellaire morcelé, les viticulteurs utilisent des tank fertiliseur de 30 à 220 litres (dont le coût se situe entre 300 et 600 euros) qu'ils déplacent d'une parcelle à l'autre".

 

Et aussi un outil de pilotage de la vendange

Pour Olivier Zebic, consultant, la fertirrigation pourrait devenir un outil de pilotage  avant vendance très intéressant avec une action à la fois sur le rendement et la qualité du vin. "Avec Agrosud Développement, explique-t-il, nous avons réalisé des essais de fertirrigation en phosphore et potasse tradifs sur la deuxième quinzaine d'août. pour le phosphore, un apport de dix unités en deux fois a permis d'augmenter la taille des baies de 25 % soit une augmentation du rendement sur l'essai de 50 à 65 hl/ha. Cet apport a également conduit à un effet très positif sur l'intensité aromatique des vins. En revanche, cela retarderait un peu la maturité. Au contraire, un apport de potasse (2 x 10 unités) avance la maturité." Seul bémol de ces résultats très encourageants, la réglementation actuelle n'autorise pas l'irrigation sur cette période... et bien évidemment la fertirrigation non plus. Ce que regrette vivement Olivier Zebic.

 

Témoignages

 

"Je dais des économies en mettant moins d'azote" : Pascal Bergé, EARL Domaine Saint Aunay (Aude)

"J'irrigue 42 hectares en goutte à goutte depuis plus de dix ans et j'ai mis en oeuvre la fertirrigation depuis 2004. Le parcellaire morcelé de mon domaine nécessite l'utilisation de tanks fertiliseurs que je recharge en engrais pour les apports. En pratique, je dispose de deux tanks de 120 litres et d'un tank de 220 litres, ce qui me permet de "fertirriguer" huit hectares en même temps. J'utilise des engrais solides, moins cher que les liquides, que je dissous dans le tank. La manutention est un peu contraignante mais finalement, je ne passe pas plus de temps qu'en fertilisation traditionnelle, soit environ 15 à 20 minutes par hectares. Et en prime, je fais des économies en mettant moins d'azote."

90 000 euros pour l'irrigation dont 8 000 pour la fertirrigation"

"Nous avons acheté en 2007 une parcelle de 47 hectares que nous avons replantée et où nous avons installé l'irrigation en goutte à goutte avec un système automatisé. Tout naturellement, nous avons mis en place un système automatique de fertirrigation. En pratique, toute la parcelle peut être fertilisée par ce système dans la même journée. L'azote et la potasse sont apportés par fertirrigation et nous utilisons des engrais liquides pour le côté pratique même si c'est plus cher. Sur un investissement global de 90 000 euros pour l'installation d'irrigation, la partie fertirrigation a coûté environ 8 000 euros."

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