PARIS : La Seine arrose un jardin flottant

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Entre le pont de l’Alma et les Invalides, un jardin flottant de 1 800 m2 a été amarré le long des berges de Seine, côté rive gauche. Composé de cinq îles végétalisées représentant chacune un paysage typique des bords de Seine, ce jardin-bateau est arrosé par quatre systèmes d’irrigation, répondant spécifiquement  à chaque strate végétale présente.
 

Classées au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1991, les berges de Seine sont le théâtre d’aménagements successifs qui visent à redonner vie au centre de la Capitale. Avec plus de 2,3 km de berges côté rive gauche, aujourd’hui exclusivement piétonnes, l’ancienne autoroute urbaine a été convertie en un lieu agréable de loisir et de flânerie où ont progressivement émergé des restaurants, des bars, du mobilier de détente, des expositions, animations, évènements en plein-air, et même des jardins. Des équipements impensables il y a quelques années, tant cet espace était voué à la circulation automobile. Pourtant, parmi les aménagements phares de la rive gauche, le jardin flottant est certainement le plus représentatif.  Cette avancée végétale sur la Seine, longue de 180 m pour 14,5 m de large, est un condensé de paysages franciliens. Les visiteurs peuvent ainsi découvrir l’île Centrale, le point d’entrée minéral du jardin ; l’île Prairie, où poussent des hautes herbes ; l’île Verger, une étendue couverte de gazon et ponctuée de pommiers décoratifs ; l’île aux Oiseaux, la plus densément plantée, qui reproduit les îles sauvages de la Seine ; et l’île aux Brumes, caractérisée par un cordon d’arbustes et de graminées noyés dans la brume, d’arbres de berge, et de bains de soleil orientés en direction du Pont d’Alma et du Grand Palais. Au total, 60 arbres, 280 arbustes et 3000 graminées ont été plantés.

 

Un jardin bien amarré

Chaque île, de 350 m², est constituéd de flotteurs en acier construits sur mesure, comportant, tel une coque de bateau, 16 compartiments étanches. Des modules arrivés par voie navigable depuis le zone portuaire du Havre. Au -dessus, "la structure est caractérisée par un ponton ceinturé de façades d'acier pour retenir les volumes de terre et délimiter la profondeur des zonesde plantation, variant de 50 à 100 cm d'une île à l'autre" indique David Lacroix, ingénieur à la ville de Paris, direction des espaces verts et de l'environnement. L'ensemble est surmonté de garde-corps pour assurer la sécurité des usagers. D'un poids total de 1700 tonnes, le jardin flottant est situé à 3 m du bord du quai pour éviter toute intrusion nocturne. Il est amarré à des ducs d'albe, des pieux métalliques encastrés en fond de Seine qui maintiennent la structure à flot en toute sécurité quel que soit le niveau d'eau et même en cas de forte crue.

 

... et bien arrosé

Plusieurs systèmes d’irrigation ont été sélectionnés. Dans les secteurs couverts par des tapis pré-cultivés de mélanges fleuris (20 à 30 cm de haut), surmontés de caillebottis métalliques galvanisés, un assemblage complexe de toile non-tissées et de goutte-à-goutte (système CoverNet de Netafim) a été déposé sous l’ensemble. "L'épaisseur du substrat étant relativement faible, moins de 30 cm, le système CoverNet a permis de combler le manque de rétention et de capillarité" indique Bruno Montagnon, directeur commercial et marketing chez Netafim. Les bandes composées d'arbustes, de vivaces et de graminées en talus sont prospectées en surface par un système de goutte-à-goutte couvert de mulch. Il permet d'apporter pour chaque plante, à un endroit précis, la bonne quantité d'eau, donc l'idéal pour les plantes mises en place.Pour les autres espaces plantés, notamment les zones engazonnées ou les zones plantées hors talus, même pour un jardin flottant, l'arrosage intégré est présent. Petite particularité, toutes les tuyères sont équipées de buses MP-Rotator. "Avec ce dispositif, les gouttes d'eau sont plus lourdes et la pluviométrie est plus homogène. Il n'y a donc aucune perte, même en situation venteuse" explique Alex Wasselin, chef d'atelier fontainerie et arrosage automatique à la ville de Paris. Enfin, dernier système : des bubblers haut débit, positionnés à proximité des mottes des jeunes arbres et cépées. Il s'agit d'un fourreau enterré, perforé et connecté au réseau, dont l'avantage est d'éviter aux écoulements de surface d'avoir à pénétrer le substrat pour atteindre la motte. Avec des bubblers, l'arrosage est plus direct !

 

Arroser à l'eau brute

L'eau d'arrosage est directement pompée dans la Seine. Au niveau de flottaison de la barge, une pompe calibrée permet l'écoulement des eaux brutes en direction d'une première crépine. Après séparation de l'eau et des déchets grossiers, l'eau est acheminée vers une bâche tampon de 2 m3 située dans la cale. Là, une crépine autonettoaynte affine le criblage de l'eau et des particules indésirables. "L'eau est aspirée par retour de pompe dans la crépine. Des jets d'eau en continu agissent comme un tambour de machine à laver ! La projection d'eau décolle les déchets contre le grillage pour assurer le retour de l'eau filtrée dans la bâche" explique Bruno Montagnon. Puis, un groupe suppresseur, un ensemble de 3 pompes de 5 m3/h, alimente le réseau d'arrosage automatique après une étape de filtration (jusqu'à 130 µ). En fonction du système d'arrosage, dix électrovannes sont présentes en raison des besoins et des temps d'arrosage différents. "Les programmes d'arrosage agissent sur une période de 5, 7 ou 9 jours sur des cycles répétitifs. Pour les réglages, les temps d'arrosage sent fonction de la nature du substrat, de la vitesse d'infiltration qui en découle, de la pente des jardins, des conditions climatiques et des besoins propres à chaque plante. A partir de ces données, nos calculs se basent sur le mois de mai. Dans l'année, selon la période, on va jouer sur le water budget. Par exemple, en mai, les apports seront à 100 % des besoins pour ce mois de référence, et en juillet, à 120 %" indique Alex Wasselin. En attendant un système de gestion centralisée, une sonde coupe le système en cas de pluie. Un réseau d'arrosage manuel alimenté par le réseau d'eau de la ville a été intégré en cas de problème de pompage des eaux brutes. Tout est prévu.

 

Article paru sur Horticulture & Paysage
Mai 2014

 



 

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