LE GOUTTE-À-GOUTTE ENTERRÉ RESSUSCITE L’IRRIGATION

octobre 1, 2013

En zone périrubaire, Jean-Yves Barge a choici cette technique pour irriguer son maïs en toute sérénité.

Nichée entre une route passante, un episte cyclable et un chemin de randonnée, la parcelle de maïs de Jean-Yves Barge ressemble à toute autre parcelle. On en oublierait même qu’elle est irrgable, seule la borne en bord de champ laisse supposer un futur apport d’eau. Pourtant, début juin, rien ne paraît encore installé. Certes, avec le temps qu’il a fait, il n’y a pas d’urgence, mais on pourrait s’attendre à voir un enrouleur prêt à être dégainé ou des rouleaux de goutte-à-goutte prêts à être déployés. Rien de tout cela, et pourtant, l’installation est bel et bien prête à fonctionner, puisqu’il s’agit d’un goutte-à-goutte enterré.

EN ZONE PÉRIURBAINE
«Mon exploitation se situe à 8 km de l’aéroport de Lyon, en zone urbaine soumise à la vue des riverains et des élus, précise Jean-Yves Barge, qui cultive et irrigue une centaine d’hectares de maïs sur les 230 ha travaillés avec Jean-Claude Sertier. Les jours ventés, ce qui arrive souvent dans notre région, il fallait arrêter l’enroulement pour ne pas arroser les promeneurs. Sans parler des remarques du grand public... L’irrigation du maïs est politiquement incorrecte, alors que c’est essentiel dans nos régions pour sécuriser le rendement. Nous cherchions donc une technique qui permette de supprimer l’aspect visuel de l’irrigation, tout en limitant la consommation en eau. En effet, les volumes prélevables risquent d’être réduits et nous devons aller vers un système plus économes en eau, engrais et phytos. Nous avons donc décidé au printemps 2012, avec le soutien de la chambre d’agriculture et du Syndicat mixte d’hydraulique agricole du Rhône (SMHAR), de nous lancer dans le goutte-à-goutte enterré.»
Grâce à un financement Psader (Projet stratégique agricole et de développement rural) et du Penap (Protection des espaces naturels et agricoles périurbain) de 20 %, le coût supporté par les agriculteurs s’est élevé à 17 000 euros pour les 4,5 hectares. «Mais l’installation sur une parcelle biscornue comme celle-ci a entraîné un surcoût par rapport à une forme rectangulaire», précise Jean-Yves Barge. «Le coût dépend de la topographie et de la forme de la parcelle et du débit d’eau, explique Bruno Montagnon, de Netafim, la société qui a installé le matériel. Le prix varie de 4000 à 5500 €/ha, avec un retour sur investissement estimé entre cinq et sept ans.»
Cet investissement sera en partie rentabilisé par une économie de temps, de main-d’oeuvre (absence de pose et dépose annuelles) et d’eau, estimée à 20 %. Un chiffre «facilement atteignable», selon l’agriculteur, grâce à l’absence de perte dues à la dérive et à l’évaporation, et à un ajustement des apports par rapport aux besoins. Netafim propose, justement, outre l’installation du goutte-à-goutte enterré, un suivi hydrique grâce au logiciel Irriwise et à des sondes positionnées au-dessus et au-dessous d’un tuyau. «Cela permet de savoir si l’eau remonte suffisamment par capillarité», précise Loïc Debiolles, de Netafim. Concrètement, un tuyau en polyéthylène (non réglable), avec des goutteurs tous les 50 cm, est enterré à 30-35 cm tous les 1,10 mètre. L’enterrement doit être assez profond pour ne pas gêner un leger travail du sol et éviter la compaction, lors de la récolte notamment. Le choix de ce type d’irrigation demande donc de ne pas travailler le sol. Mais le matériel ne doit pas être trop profond non plus, pour que les racines s’approchent rapidement du dispositif et que l’eau puisse remonter par capillarité.

 

EVITER LES COLMATAGES
Sur cette parcelle de 4,5 ha, deux réseaux de 2,25 ha ont été installés pour favoriser une circulation rapide de l’eau lors de la purge, une fois par mois, et du rinçage en fin de saison. Pour le rinçage, de l’acide dilué est utilisé pour casser les agglomérats, éliminer les résidus calcaires et les bactéries qui pourraient créer des colmatage. Deux filtres à cartouche, nettoyés toutes les semaines, permettent de garantir une certaine qualité de l’eau. «Avec un bon entretien, la pérennité du système est assurée pendant au moins quinze ans», précise Bruno Montagnon.
Pour le maïs, la micro-irrigation a été lancée en 2012, pendant 2 à 4 heures par jour avec un débit de 1,3 mm/h. Lors de la première année d’utilisation, la consommation d’eau par enrouleut et par goutte-à-goutte enterré a été comparée. Le résultat est sans appel : 204 mm en six tours de 34 mm ont été utilisés avec le canon, contre 124 mm en trente-trois jours avec le goutte-à-goutte enterré. Cependant, 44 mm ont été consommés pour détecter les fuites du réseau. On peut donc considérer une baisse de consommation totale d’eau de 25 %, mais le pilotage de l’irrigation reste encore à affiner. «Les fuites se gèrent bien, estime l’agriculteur. Elles peuvent apparaître après l’installation, sous forme d’une tache d’humidité au sol. On creuse alors tout simplement, puis on remplace la partie défaillante.» L’autre avantage, c’est la ferti-irrigation, qui permettrait d’économiser de l’engrais, mais cela est «difficile à quantifier, estime Loïc Debiolles. Il est conseillé de réaliser 30% des apports totaux d’azote au semis, et les 70 % restant en ferti-irrigation.» Reste le problème du foncier. Pour Jean-Yves Barge, qui est propriétaire de sa parcelle, le problème ne se pose pas. Mais il faut s’assurer que la parcelle ne change pas de destination. «Il faut trois campagnes pour bien prendre l’outil en main, maîtriser les électrovannes, la ferti-irrigation, faire le suivi hydrique du sol... Parfois, je m’inquiètais en ne voyant aucune trace d’humidité sur la parcelle, alors que l’irrigation était lancée. Je prenais alors la pioche pour vérifier, et tout fonctionnait très bien. Le but serait de développer cette technique sur d’autres parcelles.»

 

STRIP-TILL ET SEMI-DIRECT
Dans leur sol superficiel limono-sablo-argilleux, avec 50 % de caillous sur 30 cm, Jean-Yves Barge et Jean-Claude Sertier sont en npn-labour depuis cinq ans. Ils utilisent, depuis deux ans, un strip-till à 60 cm d’écartement sur colza, soja, tournesol et maïs, et passent de plus en plus en semis direct pour les céréales d’hivers et les couverts végétaux.
Toute l’exploitation étant en zone vulnérable, le mélange en interculture de seigne, avoine et féverole permet d’apporter de l’azote à la culture suivante et de structurer le sol. Sur la parcelle en goutte-à-goutte, une rotation diversifiée est possible avec maïs-maïs-soja-blé.
La moitié des 230 ha sont irrigables grâce à la nappe phréatique et à des forages individuels.

 

 

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